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"Vraie" comédienne

Bon, ça fait un bail que j’ai pas écrit.  À ma sortie de l’école, j’étais pleine de bonnes intentions, je m’étais promis d’accomplir un paquet d’affaires, dont écrire un billet sur mon blogue par mois.
Évidemment que ça s’est pas passé comme ça.

Fait qu’en gros, ça fait depuis le mois d'août que je me présente en disant que je suis comédienne. C’est encore pas facile-facile pour moi de l’admettre. En général, quand les gens me demandent ce que je fais, ça ressemble un peu à ça:
LES GENS : Fait que qu’est que tu fais dans la vie?
MOI : Hum, ben… j’ai, euh… déménagé en Angleterre il y a un an et demi, et hum… j’ai fait ma Maitrise à Bristol et maintenant je vis à Londres.
LES GENS : Oh, cool, t’étudiais quoi?
MOI : Le théâtre.  Ouin… je suis comédienne maintenant… Je pense. Ouaip.

Bon, j’ai quand même réussi à ôter une couple de « hum » et de « je pense », mais je sais pas pourquoi, j’ai toujours de la difficulté à admettre que je suis comédienne.

Peut-être que c’est parce que les comédiens passent plus de temps à chercher du travail qu’ils en passent à travailler.

Il y a quelques mois, j’ai eu le malheur de dire à quelqu’un que j’étais comédienne. Voici la réponse à laquelle j’ai eu droit : « OK, mais t’es-tu vraiment une comédienne – genre est-ce que tu travailles en ce moment – ou ben t’es une "comédienne"? »
Heureusement, j’ai pu dire que j’étais une "vraie" comédienne parce que j’étais au milieu d’un contrat et qu’il y en avait un autre qui s’en venait pour moi cette semaine-là.

Mots-clés : cette semaine-là.

Cette semaine-là, j’avais le droit de dire que j’étais comédienne.

Mais j’avais aucune idée de ce qui allait m’arriver la semaine d’après. Et la semaine d’avant, je l’avais passée a frénétiquement envoyer une trâlée de courriels en espérant recevoir des invitations à auditionner. Cette semaine-là, je l’avais pas passée à jouer, mais je l’avais remplie de toutes les autres facettes du métier. Est-ce que ça faisait de moi une comédienne pareille?

Peut-être qu’une autre des raisons pour laquelle j’ai tant de trouble à dire que je suis comédienne, c’est que pratiquement à chaque fois, on me répond : « Wow! Dans quoi est-ce que tu joues en ce moment? »
Probablement la pire question à poser à un comédien.

Et probablement aussi la raison pour laquelle la majorité des comédiens vont répondre en récitant leur CV détaillé, pour rapidement justifier leur titre.

Comment j’y arrive?

Pour vrai, c’est encore tout nouveau pour moi, mais je dirais que le principal c’est d’être entouré de gens qui t’aiment, qui vont sacrer avec toi quand t’auras pas eu la job, et trinquer quand tu l’auras eue.

Et puis, aussi, il y a deux podcasts qui ont été des cadeaux du ciel pour moi : The Honest Actor’s Podcast et Inside Acting.

Le premier est une série d’entrevues d’environ trente minutes que Jonathan Harden a faites avec plusieurs comédiens du Royaume-Uni. L’idée est de faire la lumière sur la réalité du métier et le message principal ressemble à : "C’est dur en ***** mais on est tous dans le même bateau." Ils ont aussi un blog hyper intéressant, et sur Twitter, le mot-clic le plus utile pour un acteur : #actorsunscreen. Le réconfort.

Le deuxième podcast a été créé par Trevor Algatt et AJ Meijer, deux comédiens basés à LA et New York, qui jasent à la fois de leur expérience et interviewent aussi d’autres comédiens et gens du métier. Leur message à eux est plus de l’ordre du : "C’est dur, mais tu peux y arriver!" L’espoir.

Fait que c’est pas mal ça.

Ah oui, et la photo, je l’ai prise en Afrique du Sud, en Décembre dernier, quand j'ai été une "vraie" comédienne pendant dix jours.
Ça donne quand même le gout de le faire, c'te métier-là.

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Débuts

Spectacle. Fini.
Showcase. Fini.
Rapport de marketing. Fini
Mémoire. Fini
Maîtrise. (presque) Finie.

Je ne peux pas croire que dans deux semaines j'aurai terminé l'école (pour un bon bout de temps, je crois bien) et que j'aurai "maitrisé" l'art de jouer (...ha!). Je n’ai jamais vu filer le temps si vite qu'au cours de l'année qui vient de passer. Je me rappelle du moment où j'ai atterri à Bristol: j'étais complètement gaga et envoutée par le charme de l'Angleterre. Mais je me souviens surtout d'avoir pensé: c'est ben trop beau cette histoire-là, je suis ben trop heureuse. Je serai jamais capable de m'en remettre quand l'année sera finie. Dylan Thomas écrivait: "n'entre pas apaisé dans cette bonne nuit - mais rage, rage encor lorsque meurt la lumière." Quand j'étais plus jeune, j'avais tellement de difficulté à gérer les adieux. La dernière journée d'école se terminait toujours en festival de larmes, et puis quitter le camp d'été était une vraie torture qui finissait par se transformer en longue période de deuil. C'est pour cette raison que j'ai toujours commencé à ressentir la nostalgie dès le début des plus beaux moments de ma vie; parce que je songeais déjà à leur fin.

J'ai entamé cette année en me répétant constamment que la fin serait terrible. Cependant, je pense que la plus grande partie de l'apprentissage que j'ai fait cette année a été d'apprendre à laisser aller les vieux schèmes de pensée, les vieilles habitudes, mais surtout, le temps. Lorsque je suis stressée, j'ai tendance à me dire que c'est probablement que je ne suis pas assez toute. Je me dis: ouais, ben à mon âge, il a des tas de gens qui avaient accompli un paquet de choses déjà. Cette année, j'ai appris à respirer par le nez et à me rendre compte que tout est exactement comme il se doit d'être. J'ai tout ce qu'il faut. Tout le monde a tout ce qu'il faut.

Ma soeur m'a dit, à notre retour de l'Irlande, juste au moment de se dire au revoir, que la raison pour laquelle elle était capable de garder le moral lorsque les beaux moments tiraient à leur fin dans sa vie, c'est parce qu'elle savait que ça voulait aussi dire le commencement d'autres plus beaux moments.

J'ai si hâte aux nouveaux débuts. J'ai peur. Mais j'ai si hâte.

 

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Entrée en salle

C'est l'heure du spectacle!

J'ai peine à croire qu'on est finalement rendu là. Il y a 36 semaines, j'étais sur le décalage horaire à me demander ce que l'Angleterre me réserverait. Et maintenant, on y est, notre production finale. Dans exactement quatre jours, je serai corsetée sur les planches du Tobacco Factory Theatre.

Le processus aura été chargé en réflexions, ayant comme point culminant la grande compréhension pour moi que tout est impermanent. Tout. Surtout le théâtre.

On répète et ça fonctionne. On répète le lendemain, pensant que ça va fonctionner et ça ne fonctionne pas. Et puis, soudainement, alors qu'on ne s'y attend pas, ça se remet à fonctionner. Une réplique engendre un rire. On la reproduit; silence. Il n'y a aucune garantie qu'on ne va pas avoir de trou de mémoire le jour du spectacle, même si ça n'a jamais été le cas pendant le processus de répétitions. Il n'y a aussi aucune façon de décider des réactions du public. Et non plus aucun moyen de savoir si la pièce sera un succès digne d'une finale de concours dans un film américain.

La seule chose qu'on puisse faire, c'est d'être là, dans le moment présent. Je veux dire, vraiment y être. Dans le sens de être à l'écoute de ce que son partenaire de jeu donne et vivre chaque état d'âme de son personage au moment où il les vit.

C'est pas évident. C'est aussi épeurant de fermer le clapet à la petite voix dans sa tête qui dit : "Oh seigneur, la réplique que t'haïs dire s'en vient." et "Eille, le public a ri, tout se passe bien!"

J'imagine que c'est en partie la raison pour laquelle on décide d'aller à l'école de théâtre; pour apprendre l'abandon. L'abandon des vieilles habitudes, l'abandon des vieilles façons de penser; pour mieux contrôler nos peurs. On apprend à désapprendre. On apprend à écouter. On étudie l'humanité et on en apprend sur le temps.

On va à l'école de théâtre pour réellement comprendre que rien n'est permanent.

Et que l'art n'est jamais terminé, seulement abandonné, comme disait Léo.

 On a que soi-même. Et ce moment présent , précieux et magique, que l'on partage avec le public. J'ai hâte à jeudi. Ça va être géant.

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Happy Thank You More Please

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Il y a quelques années, je suis tombée sur un film qui s’appelle Happy Thank You More Please. Je ne me rappelle pas exactement de l’histoire et encore moins de si c’était un bon film ou pas, mais il y avait une scène qui m’avait marquée, dans laquelle le personnage principal explique à son amie sa façon de voir la vie.

En gros, ça ressemblait à ça :
1-     Pose-toi la question suivante : Est-ce que je suis heureux(se)?
2-    Si oui, dis merci.
3-    Finalement, demande plus de ce qui te rend heureux(se).

Je pense que c’est la simplicité de l’idée qui m’a permise de vraiment intégrer la gratitude dans mon quotidien. C’est devenu pour moi une façon de véritablement reconnaître les petits moments de ma vie qui me rendaient heureuse, plutôt que de m’entêter à continuer de poursuivre ma Grande Quête du Bonheur.

Depuis, j’ai crié « Happy Thank You More Please » a dévalant une immense côté à vélo en plein soleil lors d’un voyage de vélo-camping pas toujours évident. Je l’ai aussi dit la bouche pleine de crème glacée menthe-choco en marchant dans les rues magiques de Barcelone avec une amie très chère que je n’avais pas revue depuis longtemps. Mais surtout, je me répète cette phrase tous les jours depuis mon arrivée en Angleterre.

Je pense que ça peut devenir vraiment très facile de rester coincé dans les contrariétés du quotidien; « J’ai tellement pas envie de faire le réchauffement matinal à l’école ce matin. » - « Si seulement il pouvait arrêter de pleuvoir deux minutes, je suis gelée et complètement trempée » - « Pourquoi est-ce qu’ils ont droit à ça et pas moi? » Ces cinq mots m’aident à remettre mon attention sur ce dont je dois me rappeler : je suis hors de tout danger, je suis en santé, j’ai un toit et je suis entourée de gens qui m’aiment, mais aussi : j’ai la chance de vivre en Angleterre et d’étudier ce qui me passionne le plus au monde avec les gens les plus qualifiés.

Une prof lors de mon bac m'avait dit quelque chose don’t je me souviendrai toujours: il faut que vous sachiez qu’être un artiste est un privilège et donc, vous vous devez d'être reconnaissants envers tous ces gens qui travaillent fort pour que vous puissiez vous concentrer sur votre art : la personne qui fabrique vos souliers, l’agriculteur qui laboure la terre pour que vous n’ayez pas à le faire. Donc, en tant qu’artiste, vous devez vous assurer d’infuser votre travail de cette gratitude, de toujours pousser plus fort et plus loin, et de garder en tête tous ces gens pour qui vous créez.

C'était ma minute Deepak Chopra.

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Examen de combat scénique et mes nerfs

Ça a été une semaine assez chargée et pas facile physiquement et psychologiquement. On avait des cours à l'école le matin, puis des répètes toute la journée, et puis, de retour à l'école pour de longues soirées à répéter nos chorégraphies de combat en prévision de notre examen de certification samedi.

Je ne me plains pas trop - c'est toujours exaltant de baigner dans de processus créatifs si intenses. On se retrouve toujours entre deux fous rires interminables. Mais mon corps avait aussi sérieusement besoin de repos. On peut pas vivre sur ce genre d'adrénaline bien longtemps.

Samedi matin. Je ne me sens pas en grande forme, mais je reste concentrée et je donne tout ce que j'aie lors de notre générale. Ça s'est somme toute bien passé - quoique j'en suis ressortie assez affaiblie et les mains pas mal tremblantes.

Puis, c'était l'heure du test. L'école avait fait venir un examinateur de la British Academy of Dramatic Combat. Disons que je me suis déjà sentie moins nerveuse. Je suis restée concentrée sur mes intentions et l'histoire (Marc-Antoine et moi, on avait choisi de faire la scène de demande en mariage de Orgueil et Préjugés - sauf que dans notre version, Elizabeth assassinne M. Darcy - Ha!).  Par contre, plus on avançait dans notre chorégraphie, plus je commençais à avoir peur de perdre le contrôle de mes épées et de manquer mes contre-attaques.

J'ai oublié de mentionner que je passais ma certification en me battant de la main gauche (et je suis droitière), parce que j'ai une luxation au bras droit qui aurait fait en sorte que mes attaques n'auraient jamais été parfaitement droites. Donc, c'était un pas pire gros défi pour moi; je n'en avais jamais autant demandé à mon bras gauche auparavant.

Dans tous les cas, quand on est arrivé à la partie main-à-main de la chorégraphie, j'ai repris confiance, parce que je savais où je m'en allais avec tous les mouvements, et je me sentais bien plus en contrôle. Et il faut dire qu'on avait aussi chorégraphié un mouvement du tonerre où Marc-Antoine "cassait" mon bras droit (en fait, il ne faisait que montrer mon bras croche), et l'effet était assez réussi.

L'examinateur nous a cependant demandé de revenir pour refaire notre section avec les épées. Je ne m'y attendais pas et donc, j'ai fait de mon mieux, mais le résultat a été pas mal le même. Mon corps n'en pouvais plus et j'arrivais au bout de mon adrénaline. Le moral était pas à son plus fort - pourquoi donc, est-ce que j'avais décidé de me battre avec la main gauche? Je ne pouvais pas m'imaginer couler le test après tout le temps et l'effort qu'on y avait mis.

On s'est tous rassemblé pour recevoir nos notes. Et j'ai finalement passé avec la mention "mérite"! Eh ben. Puis, je me suis rendue compte qu'avec toute cette pression que je m'étais mise d'atteindre la perfection, j'avais oublié l'objectif principal du test: s'assurer qu'en tant que comédiens, on pouvait nous faire confiance avec des armes sur scène. Et c'est vrai en fait, il n'y a jamais eu un seul moment où Marc-Antoine et moi, on a fait de manoeuvre dangereuses. On s'est bien protégés l'un, l'autre tout le long, en plus d'avoir réussi à jouer la scène avec tout ce qu'elle comportait. J'étais soulagée.

Je suis pas mal fière d'avoir passé avec cette mention, en dépit de ma nervosité et d'avoir fait le tout du bras gauche. Tout ça m'a aussi rappelé qu'il faudrait que je prenne bien soin de moi dans ce métier, mon corps, c'est tout ce que j'ai, vraiment.

Bon, je pense que ça mérite des pancakes aux bananes.

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London Cuckolds - Présentation de la scénographie

Alors, c'est partie pour la première vraie semaine de répètes de The London Cuckolds dans notre nouvel espace de répétition. Au cours de l'avant-midi, on a eu droit à la présentation de la scénographie et des costumes par toute l'équipe de conception. Je suis toujours tellement impressionnée de voir exactement tout le travail que ça implique. Chaque détail est minutieusement étudié et pensé. Après avoir assisté à ces présentations, je me sens toujours un peu bête de n'en connaître pas plus sur cette facette du métier. C'est drôle, parce que sans qu'on se soit consulté, je crois que toute la distribution s'est mise d'accord pour qu'on mette les bouchées doubles lors de la lecture qu'on allait faire pour eux.

Et ça a été un succès. Tout le monde était inspiré et emballé, et il m'a semblé que le jeu de tous était plus vivant que ce qu'il avait été jusqu'à présent. Tout le monde a beaucoup ri et on a trouvé beaucoup d'autres perles. Évidemment, on a encore énormément de pain sur la planche, et on n'est qu'au début du processus, mais on est sur une bonne piste, je crois. Ça augure bien, tout ça.

Bon, j'ai du texte à aller apprendre.

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