Ça a été une semaine assez chargée et pas facile physiquement et psychologiquement. On avait des cours à l'école le matin, puis des répètes toute la journée, et puis, de retour à l'école pour de longues soirées à répéter nos chorégraphies de combat en prévision de notre examen de certification samedi.

Je ne me plains pas trop - c'est toujours exaltant de baigner dans de processus créatifs si intenses. On se retrouve toujours entre deux fous rires interminables. Mais mon corps avait aussi sérieusement besoin de repos. On peut pas vivre sur ce genre d'adrénaline bien longtemps.

Samedi matin. Je ne me sens pas en grande forme, mais je reste concentrée et je donne tout ce que j'aie lors de notre générale. Ça s'est somme toute bien passé - quoique j'en suis ressortie assez affaiblie et les mains pas mal tremblantes.

Puis, c'était l'heure du test. L'école avait fait venir un examinateur de la British Academy of Dramatic Combat. Disons que je me suis déjà sentie moins nerveuse. Je suis restée concentrée sur mes intentions et l'histoire (Marc-Antoine et moi, on avait choisi de faire la scène de demande en mariage de Orgueil et Préjugés - sauf que dans notre version, Elizabeth assassinne M. Darcy - Ha!).  Par contre, plus on avançait dans notre chorégraphie, plus je commençais à avoir peur de perdre le contrôle de mes épées et de manquer mes contre-attaques.

J'ai oublié de mentionner que je passais ma certification en me battant de la main gauche (et je suis droitière), parce que j'ai une luxation au bras droit qui aurait fait en sorte que mes attaques n'auraient jamais été parfaitement droites. Donc, c'était un pas pire gros défi pour moi; je n'en avais jamais autant demandé à mon bras gauche auparavant.

Dans tous les cas, quand on est arrivé à la partie main-à-main de la chorégraphie, j'ai repris confiance, parce que je savais où je m'en allais avec tous les mouvements, et je me sentais bien plus en contrôle. Et il faut dire qu'on avait aussi chorégraphié un mouvement du tonerre où Marc-Antoine "cassait" mon bras droit (en fait, il ne faisait que montrer mon bras croche), et l'effet était assez réussi.

L'examinateur nous a cependant demandé de revenir pour refaire notre section avec les épées. Je ne m'y attendais pas et donc, j'ai fait de mon mieux, mais le résultat a été pas mal le même. Mon corps n'en pouvais plus et j'arrivais au bout de mon adrénaline. Le moral était pas à son plus fort - pourquoi donc, est-ce que j'avais décidé de me battre avec la main gauche? Je ne pouvais pas m'imaginer couler le test après tout le temps et l'effort qu'on y avait mis.

On s'est tous rassemblé pour recevoir nos notes. Et j'ai finalement passé avec la mention "mérite"! Eh ben. Puis, je me suis rendue compte qu'avec toute cette pression que je m'étais mise d'atteindre la perfection, j'avais oublié l'objectif principal du test: s'assurer qu'en tant que comédiens, on pouvait nous faire confiance avec des armes sur scène. Et c'est vrai en fait, il n'y a jamais eu un seul moment où Marc-Antoine et moi, on a fait de manoeuvre dangereuses. On s'est bien protégés l'un, l'autre tout le long, en plus d'avoir réussi à jouer la scène avec tout ce qu'elle comportait. J'étais soulagée.

Je suis pas mal fière d'avoir passé avec cette mention, en dépit de ma nervosité et d'avoir fait le tout du bras gauche. Tout ça m'a aussi rappelé qu'il faudrait que je prenne bien soin de moi dans ce métier, mon corps, c'est tout ce que j'ai, vraiment.

Bon, je pense que ça mérite des pancakes aux bananes.

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