C'est l'heure du spectacle!

J'ai peine à croire qu'on est finalement rendu là. Il y a 36 semaines, j'étais sur le décalage horaire à me demander ce que l'Angleterre me réserverait. Et maintenant, on y est, notre production finale. Dans exactement quatre jours, je serai corsetée sur les planches du Tobacco Factory Theatre.

Le processus aura été chargé en réflexions, ayant comme point culminant la grande compréhension pour moi que tout est impermanent. Tout. Surtout le théâtre.

On répète et ça fonctionne. On répète le lendemain, pensant que ça va fonctionner et ça ne fonctionne pas. Et puis, soudainement, alors qu'on ne s'y attend pas, ça se remet à fonctionner. Une réplique engendre un rire. On la reproduit; silence. Il n'y a aucune garantie qu'on ne va pas avoir de trou de mémoire le jour du spectacle, même si ça n'a jamais été le cas pendant le processus de répétitions. Il n'y a aussi aucune façon de décider des réactions du public. Et non plus aucun moyen de savoir si la pièce sera un succès digne d'une finale de concours dans un film américain.

La seule chose qu'on puisse faire, c'est d'être là, dans le moment présent. Je veux dire, vraiment y être. Dans le sens de être à l'écoute de ce que son partenaire de jeu donne et vivre chaque état d'âme de son personage au moment où il les vit.

C'est pas évident. C'est aussi épeurant de fermer le clapet à la petite voix dans sa tête qui dit : "Oh seigneur, la réplique que t'haïs dire s'en vient." et "Eille, le public a ri, tout se passe bien!"

J'imagine que c'est en partie la raison pour laquelle on décide d'aller à l'école de théâtre; pour apprendre l'abandon. L'abandon des vieilles habitudes, l'abandon des vieilles façons de penser; pour mieux contrôler nos peurs. On apprend à désapprendre. On apprend à écouter. On étudie l'humanité et on en apprend sur le temps.

On va à l'école de théâtre pour réellement comprendre que rien n'est permanent.

Et que l'art n'est jamais terminé, seulement abandonné, comme disait Léo.

 On a que soi-même. Et ce moment présent , précieux et magique, que l'on partage avec le public. J'ai hâte à jeudi. Ça va être géant.

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